“De poetarum amoribus, ad Gordium” de Joachim du Bellay

Texte latin modernisé 

De poetarum amoribus, ad Gordium

Gordi plus oculis amate nobis, 
Quicquid Lesbia, Delia et Corinna, 
Quicquid Cynthia, quicquid et Lycoris, 
Quicquid Stella, Nina et recens Neaera,
Laura et Candida, uel fuit Gelonis, 
(Vt nostras quoque nominem puellas,) 
Cassandra aemula laureae puellae, 
Quicquid Pasithea, et uenusta nuper 
Mellina, et numeris Oliua nostris 
Dicta (si locus inter has Oliuae),
Hoc Faustina mea, hoc mea est Columba, 
Hoc Faustina tua, hoc tua est Columba :
Ob id nunc cupiam hic adesse, Gordi, 
Et quicquid cecinit tener Catullus, 
Et quicquid cecinit tener Tibullus, 
Quicquid Naso canit Propertiusque, 
Gallus et Iouianus Actiusque, 
Quicquid ipse Marullus et Petrarca 
Quicquid Beza canit, canit Macrinus,
(Vt nostros quoque nominem Poetas,)
Ronsardus grauis et grauis Thyardus, 
Mollis Baifius (mihique si quis 
Probatos locus inter est poetas), 
Optarim ueteres meos calores, 
Gordi, ut sic melius queam referre 
Faustinamque meam et meam Columbam, 
Faustinamque tuam et tuam Columbam.

Traduction en français

Sur les amours des poètes, à Gordes

Ô Gordes, que l’on aime plus que nos propres yeux,
Tout ce que Lesbia, Délia et Corinna,
Tout ce que Cynthia, tout ce que Lycoris aussi,
Tout ce que Stella, Nina et récemment Nééra,
Tout ce qu’a été Laura, Candida ou encore Gélonis,
Et – pour mentionner aussi nos chéries –
Cassandra, l’émule de la jeune femme laurée,
Tout ce que fut Pasithéa, et naguère la charmante
Mellina, ainsi qu’Oliva dans nos vers
Chantée (si Oliva a une place parmi elles),
Voilà ce qu’est ma Faustina chérie, voilà ce qu’est ma chère Colomba,
Voilà ce qu’est ta Faustina chérie, voilà ce qu’est ta chère Colomba :
C’est pourquoi je souhaiterais à présent qu’on trouvât ici, ô Gordes,
À la fois tout ce que chanta le tendre Catulle,
Tout ce que chanta le tendre Tibulle,
Tout ce que chantent Nason, Properce,
Gallus, Pontano et Sannazaro,
Tout ce que chantent Marulle lui-même Pétrarque,
Tout ce que Bèze chante et que chante Macrin,
Et – pour mentionner aussi nos poètes –
Ronsard le sérieux et le sérieux Tyard,
Le doux Baïf, et moi (si j’ai une place
Parmi les poètes qu’on approuve),
Je souhaiterais célébrer mes anciennes flammes,
Ô Gordes, pour mieux pouvoir célébrer
Ma Faustina chérie et ma chère Colomba,
Ta Faustina chérie et ma chère Colomba.

Retrouvez la traduction en prose de Geneviève Demerson ici.

Ce poème est tiré de la section des Poemata de 1558 qui s’intitule Amores (Amours).

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