“Macrin sa Gélonis rend par vers immortelle…” de Philibert Bugnyon

Philibert Bugnyon
(vers 1530 – 1587)

Texte original

SONNET
I.

Macrin sa Gelonis rend par vers immortele,
Pontus sa Pasitée, et Ronsard sa Cassandre :
Du bellay le los fait de son Olive entendre,
Eternise Muret sa Margaris fidele.

Sa Sainte Des-autels desire toute tele,
Que ses frères diuins, leurs gracieuses rendre.
Les dames sont l’objet de la ieunesse tendre
Par nombres mesurez qui ses amours décèle.

Ie vueil, comme Baïf celebrant sa Meline,
Perpetuer ma belle et docte Gelasine,
De Sceue en imitant les trais en sa Delie.

Or d’autant quelle est sage, et de vertus poruuë
Par vraye hypotipose aus yeus et à la vuë
Des hommes, là pretend subiicer ma Thalie.

Texte modernisé

Sonnet I

Macrin sa Gélonis rend par vers immortelle,
Pontus sa Pasithée, et Ronsard sa Cassandre ;
Du Bellay le los (1) fait de son Olive entendre,
Éternise Muret sa Margaris fidèle.

Sa Sainte Des Autels désire toute telle
Que ses frères divins leurs gracieuses rendre (2).
Les dames sont l’objet de la jeunesse tendre
Par nombres mesurés qui ses amours décèle.

Je veux, comme Baïf célébrant sa Méline,
Perpétuer ma belle et docte Gélasine,
De Scève en imitant les traits en sa Délie.

Or d’autant qu’elle est sage et de vertus pourvue,
Par vrai hypotypose, aux yeux et à la vue
Des hommes, là prétends (3) subjicer (4) ma Thalie (5).

Érotasmes de Phidie et Gélasine (1557)

(1) le los : la louange, l’éloge (du latin laus, laudis, f.)
(2) Il faut comprendre : Des Autels désire que sa Sainte soit toute telle que ses frères divins désirent rendre leurs gracieuses, c’est-à-dire que, comme ses compagnons poètes inspirés par les dieux à l’égard des femmes qu’ils aiment, il souhaite la rendre immortelle
(3) prétends : je prétends
(4) subjicer : ici, présenter (du latin subjicere, litt. « mettre sous » les yeux)
(5) Thalie : Muse de la comédie (en grec ancien Θάλεια / Thaleia ou Θάλια / Thalia, « la Florissante », « la Joyeuse », de θάλλειν, « fleurir », « verdoyer », d’où « être heureux », « prospère »)

Outre Les Amours de Pierre de Ronsard (1552) dans lesquelles il magnifie Cassandre, L’Olive de Joachim du Bellay (1549-1550) et la Délie de Maurice Scève (1544), fort célèbres, on peut détailler les références présentes dans le texte : Pontus du Tyard chante Pasithée dans les Erreurs amoureuses (1549) ; Marc-Antoine Muret célèbre, entre autres, une Margaris dans ses Jeunesses (Juvenilia) ; Guillaume des Autels loue sa Sainte dans l’Amoureux repos (1553) ; enfin, Jean-Antoine de Baïf compose les Amours de Méline en 1552.

Pour plus de détails, voir l’édition critique suivante : Philibert Bugnyon, Érotasmes de Phidie et Gelasine (1557), Gabriel-André Pérouse et Marie-Odile Sauvajon (éds), Genève, Droz, « Textes littéraires français », n° 492, 1998, p. 9-10.

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