“Épigramme de Salmon mise de latin en français par Clément Marot. Au Roi”

Texte français original

Epigramme de Salmonius mys de Latin en Françoys. Au Roy

     Ainsi qu’ung jour au grand Palays tes yeulx
Veirent dressés les Simulachres vieulx
Des roys Françoys (Roy d’entre eulx l’excellence)
Nombre vouluz touts par ordre, & sequence
Les tiens Ayeulx, qui ont de main en main
Baillé le Sceptre à Prince tant humain :
Mais quand le lieu vuide tu vins à veoir,
Lequel s’attend de ton ymage avoir,
Voicy (1) (dys tu) la place à moy promise,
Quand ceste chair au Tumbeau sera mise.
     Or je demande, en tenant ce propos,
Fus tu esmeu de la peur d’Atropos ?
Non : car tu as, maulgré mort, asseurance
Qu’entre les Dieux sera ta demeurance.

(1) On trouve la variante « Voyez ».

Texte français modernisé

Épigramme de Salmon mise de latin en français par Clément Marot. Au Roi

     Ainsi qu’un jour au grand palais tes yeux
Virent dressés les simulacres vieux
Des rois français, Roi d’entre eux l’excellence,
Nombre voulus tous par ordre et séquence
Les tiens aïeux, qui ont de main en mai
Baillé le sceptre à prince tant humain.
Mais quand le lieu vide tu vins à voir,
Lequel s’attend de ton image avoir,
Voici, dis-tu, la place à moi promise,
Quand cette chair au tombeau sera mise.
     Or je demande, en tenant ce propos,
Fus-tu ému de la peur d’Atropos ?
Non : car tu as, malgré mort, assurance
Qu’entre les Dieux sera ta demeurance.

Texte latin original

Cùm Regum statuas ueterum, Rex maxime, cernis,
     Ampla palatinæ quas habet Aula domus :
Ordine auos numerasti, & stemmata clara tuorum,
     Per quorum tibi sunt tradita regna manus.
Decretam sed ubi ad sedem post funera uentum est,
     Expectat statuam quà basis alta tuam :
Tunc mente intrepida locus hic mihi debitus, inquis,
     Hîc ero, cùm fati uenerit hora mei.
Talia magnanimo qui pectore uerba profaris,
     Interitus ullo frangeris an’ne metu ?
Non certè : quia tu terris mortalis in istis,
     Diuus apud Superos, cùm morieris, eris.

Texte latin modernisé

Cum Regum statuas ueterum, Rex maxime, cernis,
     Ampla Palatinæ quas habet Aula domus,
Ordine auos numerasti et stemmata clara tuorum,
     Per quorum tibi sunt tradita regna manus.
Decretam sed ubi ad sedem post funera uentum est,
     Expectat statuam qua basis alta tuam :
Tunc mente intrepida locus hic mihi debitus, inquis,
     Hic ero, cum fati uenerit hora mei.
Talia magnanimo qui pectore uerba profaris,
     Interitus ullo frangeris anne metu ?
Non certe : quia tu terris mortalis in istis,
     Diuus apud Superos, cum morieris, eris.

La traduction de Marot correspond à l’épigramme LIII du deuxième livre d’Épigrammes de Marot, tel qu’il est présenté par Defaux dans son édition.

Le texte latin original de Macrin s’intitule « Ad eundem » (« Au même », c’est-à-dire au roi François) et il est constitué de six distiques élégiaques formant la deuxième épigramme des Aliquot Epigrammata, publiés en même temps que les Odarum libri sex (adressés ad Franciscum Regem Regum potentissimum inuictissimumque) à Lyon chez Sébastien Gryphe (Sebastianus Gryphius) en 1537. Voir l’onglet Œuvres pour l’œuvre complète.

Pour plus de détails, voir Clément Marot, Œuvres poétiques complètes, Georges Defaux (éd.), Paris, Classiques Garnier, t. II, 2014, p. 271, pour le texte en français, et p. 1070-1071, pour le texte en latin.

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